Intervention turque en Syrie : l'Europe s'émeut, Erdogan menace de laisser passer les réfugiés

La Turquie a annoncé démarrer sa troisième campagne militaire au nord de la Syrie. Si Trump maintient une ambiguïté à l’égard de cette initiative, si Poutine la désapprouve mais reste neutre, les Européens, eux, condamnent unanimement et ont choisi de geler une aide initialement prévue pour compenser le coût de l’accueil des réfugiés en Turquie issus de la guerre en Syrie. Erdogan menace de leur ouvrir les portes de l’Europe.
Après l’opération « Bouclier de l’Euphrate » (24 août 2016) et « Rameau d’Olivier » (20 janvier 2018), la Turquie a lancé mercredi 9 octobre sa troisième opération en territoire syrien, « Source de paix » afin, officiellement, « d’empêcher la création d’un couloir terroriste via notre frontière sud et rétablir la paix dans la région». L’objectif serait plutôt territorial : empêcher la formation d’un état kurde – soutenu ardemment par Israël – qui empièterait sur la Turquie et l’affaiblirait. Erdogan souhaite également ménager au nord de la Syrie une zone de sécurité, permettant d’accueillir les 3,5 millions de réfugiés syriens de moins en moins bien acceptés par la population turque.
Face au tollé provoqué en Europe par le début de la campagne militaire, Erdogan a déclaré, lors d’un discours à Ankara :
« Ô Union européenne, reprenez-vous. Je le dis encore une fois, si vous essayez de présenter notre opération comme une invasion, nous ouvrirons les portes et vous enverrons 3,6 millions de migrants ».
Il a poursuivi, à l’attention des nations européennes, dans des propos rapportés par l’AFP :
« Vous n’avez jamais été sincères. A présent ils disent qu’ils vont bloquer trois milliards d’euros [promis à la Turquie dans le cadre de l’accord migratoire conclu en 2016 entre Bruxelles et Ankara, qui a fait tarir le flux de migrants provenant de Turquie]. Avez-vous jamais respecté une promesse qui nous a été faite ? Non ! (…) Avec l’aide de Dieu, nous poursuivrons notre chemin, mais nous ouvrirons les portes [aux migrants] ».
Face à la crise, la France a aussitôt saisi le conseil des Nations Unies pour tenter de bloquer l’initiative turque mais celle-ci a peu de chance d’aboutir. Tout cela montre bien, malgré les gesticulations d’Emmanuel Macron, l’impuissance réelle de la France et de l’Union Européenne à l’échelle internationale et l’absence d’écho de leur doctrine pseudo-« humanitaire », mais réellement impérialiste.
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