L’Afrique s’enfonce dans la faim

Les donateurs internationaux ne tiennent pas compte des appels des agriculteurs africains à changer de cap, écrit Timothy Wise avant le Forum annuel sur la révolution verte en Afrique, qui se tiendra du 5 au 8 septembre à Dar es Salaam, en Tanzanie.
Comme le dit l’adage, quand on se retrouve coincé dans un trou, il faut arrêter de creuser. Alors que les dirigeants africains et leurs sponsors philanthropiques et bilatéraux se préparent à un nouveau Forum sur la révolution verte en Afrique, qui se tiendra du 5 au 8 septembre à Dar es Salaam, en Tanzanie, ils distribuent plutôt de nouvelles pelles pour enfoncer davantage le continent dans une crise de la faim causée en partie par leur obsession défaillante pour l’agriculture industrialisée dirigée par les entreprises.
Au lieu de réduire de moitié l’insécurité alimentaire, comme l’avait promis l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) lors de sa création en 2006, le continent s’est enfoncé dans la spirale inverse. Le nombre de personnes souffrant de “sous-alimentation” chronique dans les 13 pays ciblés par l’AGRA a augmenté de près de 50 %, et non diminué, selon des données récentes sur la faim fournies par les Nations unies.
Les meneurs de l’AGRA tenteront d’imputer l’aggravation de la faim sur le continent aux perturbations causées par la pandémie de Covid et la guerre entre la Russie et l’Ukraine, mais la faim chronique avait déjà augmenté de 31 % en 2018 dans les pays de l’AGRA, comme je l’ai documenté dans mon étude de 2020 de l’université de Tufts. Le trou s’était déjà creusé.
La Tanzanie, pays hôte du sommet, en est un bon exemple. Alors que le gouvernement prépare un nouveau festival d’autocongratulation sur la révolution verte, refusant de permettre aux groupes agricoles tanzaniens d’offrir une perspective plus critique et des solutions plus efficaces, les chiffres de l’ONU montrent une augmentation de 34 % du nombre de Tanzaniens sous-alimentés depuis 2006. On estime que 59 % des Tanzaniens souffrent d’une insécurité alimentaire modérée ou grave, selon les données d’enquête de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
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